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Parole d'interprète : " Alors là, c'est toute une histoire, Pauvre Rutebeuf . Moi je connaissais Rutebeuf parce que, quand j'avais passé un concours au Conservatoire, on m'avait demandé : " Pouvez-vous me parler de Rutebeuf ? " J'avais dit : non !... Villon à la rigueur, mais Rutebeuf, c'était avant. Par la suite, je me suis rancardée !... Et quand Léo a pris les poèmes de Rutebeuf, c'était merveilleux ce qu'il avait réussi à ramasser dans plusieurs poèmes.
J'enregistre chez Pathé Pauvre Rutebeuf … On l'interdit !... On interdit la chanson parce que à ce moment-là, il y avait des interdits à la radio. Pourquoi ? Parce qu'il y avait " Et droit au cul quand bise vente… " : on avait pas le droit de dire ça. On ne pouvait pas la chanter, pas la passer. Alors j'étais très embêtée, même furieuse !
Léo n'était pas là, je me suis dit " Ca m'embête, j'y tiens beaucoup… alors que faire ? ".
Et puisque c'est une chanson, quand même, d'amour : " Que sont mes amis devenus / Que j'avais de si près tenus et tant aimés / ils ont été trop clairsemés… " je mets " droit au cœur quand bise vente… ", à la place de droit au cul… qui avait fait interdire la chanson.
Alors j'ai reçu un télégramme de Léo me disant ; " Ma pauvre chérie, si tu confonds les deux, ça devient grave ! " Bon !... On l'a laissée quand même comme ça, puisque ça avait pu passer… Mais Pathé n'a pas sorti le disque à l'époque (ndlr : Ce titre, enregistré en avril 1957, attendra 1999 pour voir le jour sur un CD consacré à Cora Vaucaire…). C'a été chanté après par la chanteuse américaine, Joan Baez : " Et droit au kiuuu… " Ca passe, ça !...très bien !... Plus tard je l'ai refait … je l'ai enregistré chez Le Chant du Monde avec la bonne fin. C'a finalement été permis à la radio, mais longtemps après quand même." Cora Vaucaire L'intemporelle. Entretiens avec Marin Pénet, Editions de Fallois.

Parole d'auteur : " Joan Baez avait respecté le texte de Rutebeuf, écrit au treizième siècle. Elle dit : "Et droit au cul, quand bise vente." Tandis que d'autres... (je ne dis pas le nom, ce n'est pas la peine) ! Une fois, mon guitariste était venu à la maison, le guitariste avec lequel je travaillais, qui s'appelait Rosso, et qui est mort depuis. Il m'avait dit "tu sais, Léo, on a enregistré cet après-midi, pour Pathé-Marconi, pour telle chanteuse, Rutebeuf, et elle ne dit pas : "Et droit au cul quand bise vente". Elle dit : "Et droit au coeur quand bise vente ! ". Alors, j'ai pris le téléphone pour envoyer un télégramme à cette femme. Et, à la poste, on n'a pas pris le télégramme parce qu'il ne faut pas dire de gros mots, encore à ce moment-là ! ... Parce que je disais : "Madame, de mon temps, on ne confondait pas encore le cul avec le coeur ! Bien à vous de derrière le monde... Rutebeuf. " Elle n'a pas voulu ! Alors, j'avais écrit chez Pathé-Marconi pour qu'on ne sorte pas le disque. Et puis après, je ne m'en suis plus occupé. Alors, Joan Baez, que je n'ai jamais vue, qui chante ça, et qui dit : "Et droit au cul quand bise vente." C'est bien.... faut respecter ! On peut respecter un auteur, qui a écrit au treizième siècle ! ... Quand même non ? ". Avec le temps, France-Culture 01/12/1988.

Rutebeuf a vécu il y a sept cents ans, et il dit a dit dans une de ses poésies : " Et droit au cul quand bise vente, le vent me vient, le vent m'évente... ". Je trouve que c'est extraordinaire, parce qu'en plus des allitérations, c'est à la fois moderne et c'est éternel, puisque ça a tout de même sept cents ans. Et bien, il y a des interprètes qui ont chanté : " Et droit au coeur ! " D'autres qui ont chanté : " Et droit au dos ! ". N'est-ce pas ? Ca les ennuie ces mots qui sont, tout de même, des mots que tout le monde comprend, n'est-ce pas ? Ca les ennuie de chanter ça, parce qu'ils disent : " Mon public ne veut pas chanter ça ! ". Alors, je dis :" Votre public, ça l'ennuie le mot cul ? Pourtant c'est pas vilain ! ".

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